Les Façonnables
Vanney Duhoo
Directeur général
Installée à Mouvaux, l'entreprise "Les Façonnables" est une figure historique de l'industrie papetière métropolitaine. Après avoir connu les heures de gloire de la Vente Par Correspondance (VPC) puis affronté une liquidation en 2017, la société a su renaître de ses cendres grâce au modèle coopératif (SCOP) et à l'engagement de ses salariés. Rencontre avec Vianney Duhoo, son dirigeant, qui nous raconte cette transformation avec l'appui de la Métropole Européenne de Lille (MEL).
L'aide de la MEL a été très positive pour mon entreprise. Elle nous a permis de faire une analyse complète de notre performance énergétique. Nous avons pu ainsi baisser nos factures énergétiques et amener plus de confort à nos salariés.
Une institution du papier confrontée aux mutations du marché
Présent dans l'entreprise depuis 24 ans à la suite de ses études d’ingénieur à l'ICAM de Lille, Vianney Duhoo en connaît tous les rouages. De la méthode à la maintenance, jusqu'à la fabrication, aujourd’hui, il dirige, aux côtés du conseil d’administration, composé de salariés associés et présidé par Valérie Gevaert, une équipe de 36 collaborateurs spécialisée dans le façonnage du papier (pliage, découpe, brochage, etc.).
À l'origine, Les Façonnables était une entreprise familiale prospère, portée par le dynamisme des grandes enseignes de la région :
"Dans les années 90, début 2000, on était 250 sur le site [...]. Ce métier-là a vraiment eu ses heures de gloire grâce notamment à la VPC à l'époque, avec deux grandes enseignes qui dominaient la région" se souvient le dirigeant.
Cependant, l'arrivée du numérique et l'essor du e-commerce ont bouleversé le modèle économique de l'imprimerie. En 2017, le couperet tombe : la liquidation de l'entreprise est prononcée.
Le choix audacieux de la SCOP : "Un salarié, une voix"
Plutôt que de baisser les bras, les salariés décident de prendre leur destin en main avec l'accompagnement de l'Union Régionale des SCOP à l’époque dirigé par M. Jean-Marc Florin.
"La seule solution qu'on a trouvée pour garder nos emplois, c'était de monter ce projet SCOP.", explique Vianney Duhoo.
Aujourd'hui, l'entreprise appartient à ses salariés. Le modèle coopératif repose sur des règles précises et un engagement fort :
- Capital partagé : Chaque salarié souscrit au capital à hauteur de 4 mois de salaire brut, financé notamment par le reversement de la participation sur les bénéfices.
- Gouvernance démocratique : Lors de l'Assemblée Générale, la règle d'or est "un salarié, une voix", peu importe le nombre de parts sociales détenues.
- Équilibre des pouvoirs : Le conseil d'administration est composé de 7 salariés (production et encadrement), dont le dirigeant ne fait volontairement pas partie.
Pour assurer la pérennité de ce modèle, les nouveaux entrants ont 18 mois pour demander à devenir associés.
"La SCOP appartient à la SCOP. Elle appartient à une multitude de personnes, mais elle a aussi vocation à être transmise de génération en génération", souligne le dirigeant.
Un accompagnement de proximité par la MEL pour franchir les caps
Si la motivation des équipes a été le moteur de cette reprise, l'accompagnement externe a été le carburant indispensable pour structurer l'avenir de l'entreprise.
Remettre du liant humain grâce à Les Places Tertiaires
Passer d'une organisation classique (où chaque employé restait à la même machine) à une SCOP nécessitant de la polyvalence, a bouleversé les habitudes. La MEL a ainsi financé une expérimentation de trois ans avec Les Places Tertiaires, permettant aux Façonnables de bénéficier d'experts pour fluidifier la communication interne.
"La typologie de notre métier fait que maintenant, tu dois être amené à changer de machine. Il fallait remettre un petit peu de liant à tout ça. [...] Ça a été une expérience concluante et positive.", précise Vianney Duhoo.
Lors de la crise du Covid-19, l'entreprise a pu compter sur la proactivité des conseillers de la MEL pour bénéficier du Fonds de rebond, offrant "une vraie sécurité de trésorerie qui nous a aussi peut-être préparés aux crises suivantes".
Transition écologique avec le dispositif "Bâtiments Durables"
Dernier grand chantier en date : l'isolation du bâtiment grâce à l'aide "Bâtiments Durables" de la MEL. Tout a commencé par le diagnostic Eco flux, une démarche que Vianney Duhoo redoutait au départ, mais qui s'est révélée décisive :
"Je me suis dit : 'Ça va être compliqué', et en vrai, j'ai trouvé ça passionnant. C'est une analyse complète sur les flux entrants et sortants de l'entreprise.", nous confie M. Duhoo.
Le constat était clair : le bâtiment était une passoire thermique. Un plan d'investissement de 100 000 euros a été lancé (doublage du bardage, changement des fenêtres), soutenu à hauteur de 40% par la Métropole. À la clé ? Une baisse de la facture énergétique, mais surtout une révolution au quotidien pour les équipes :
"On suit de près la consommation en gaz qui a diminué, mais c'est surtout qu'on a augmenté en confort de travail. À une époque, il y avait des gens qui travaillaient avec des bonnets, des gants !", se réjouit le dirigeant de l'entreprise.
Aujourd'hui, avec un effectif stable et des machines modernisées, Les Façonnables prouvent qu'allier intelligence collective, savoir-faire industriel et accompagnement public est une formule gagnante pour préserver l'emploi sur le territoire métropolitain.